17.10.2005
Bette et Tina : une dichotomie masculin/féminin autour et par l'être et le paraître dans The L Word
Les personnages vont évoluer à mesure que la situation du couple va se dégrader, le personnage de Tina, avec la perte de son enfant va grandir, reprendre de l'autonomie, ne plus aller chez le teinturier pour Bette, être moins disponible, en s’investissant dans la sphère publique. Le couple va se distendre pour arriver à l'infidélité de Bette que Tina va deviner par une main tenue un peu trop longtemps par sa compagne à un vernissage.
La scène sur laquelle je vais m'attarder ci-après survient dans le dernier épisode de la Saison 1[1], elle m'apparaît comme un point d'orgue dans le couple Bette/Tina et dans la série elle-même, dans l'angle novateur d'approche du genre, de la sexualité qu'elle révèle.
De retour chez elles, Bette, inconsciente de la révélation que vient d'avoir Tina, mais tout de même perturbée par la dualité des sentiments Raison / Passion qui l’animent et la divisent, se déshabille devant son armoire à glace et soudain son regard se perd sur Tina, les yeux dans le vague, plus « avachie » qu'assise. Bette, inquiète vient vers Tina, qui la dévisage. Bette comprend qu'elle sait, d'ailleurs Tina le lui dit la voix tremblante « I know. I saw it. »[2] Bette, larmes aux yeux, l'entoure de ses bras et soupire un « I'm sorry »[3], désespéré.
Alors, Tina entre dans une colère noire, la rage l'envahit. Elle se dégage de l'étreinte de Bette et la gifle si violemment qu'elle chancelle en grimaçant. Elle tente à nouveau d'étreindre Tina en lui disant qu'elle l'aime mais Tina la repousse en criant une kyrielle de « Fuck you! »[4] en tapant et giflant Bette furieusement. Bette qui tente de se protéger des coups et de stopper Tina continue à scander des « I love you » qui ne trouvent en écho que des « Fuck you !». De guerre lasse, Bette finit par plaquer Tina à plat ventre sur le lit et se couche sur elle, la bloquant et lui immobilisant les mains. Tina continue de pleurer et de crier, le visage dans la couette, Bette lui répète qu'elle l'aime, ce qui vaut à Tina un sursaut de rage et elle tente de dégager ses mains en vain.
A ce moment précis, bien qu'elle soit dans une position physiquement dominante, Bette est désemparée et cherche l'assentiment de Tina, dont l’avenir de leur relation ne dépend plus qu’exclusivement. Plusieurs hypothèses pourraient expliquer les raisons pour lesquelles, profitant de sa supériorité physique, Bette va déshabiller Tina, la couvrir de baisers de la nuque aux épaules, libérant enfin ses mains, lui répétant qu'elle l'aime, qu'elle doit la croire, qu'elle est désolée, pour ensuite glisser sa main entre ses cuisses. Derrière ce geste, cette tentative de s'approprier l'intimité de Tina dans un tel moment de conflit, on peut voir beaucoup de tristesse, d'impuissance, de frustration, de désespoir, peut être même un ultime sursaut de désir de contrôle…
Tina l'adjure d'arrêter, tente de bloquer sa main, se débat violemment pour repousser Bette et parvient à se retourner sur le dos. Bette bloque à nouveau les mains de Tina en pleurant, c'est maintenant elle, qui la supplie d'arrêter ses « Fuck you... » qu'elle étouffe dans un baiser. Tina continue de pleurer mais se calme, cesse de se débattre. Bette continue de lui dire qu'elle l'aime en pleurant. Elles pleurent toutes deux.
Contre toute attente, Tina renverse Bette sur le lit, prenant alors le contrôle de la situation, à nouveau en proie à une « Fuckyoumania » incessante. Elle bloque les mains de Bette puis se penche vivement sur elle et la mord à la nuque, lui arrachant un cri de douleur. En pleurant Bette la supplie. Mais Tina la mord de nouveau, à la poitrine. Bette pleure et crie, tentant de se soustraire de Tina, en vain. La morsure comme arme de vengeance, du « je te fais mal car tu m'as fait mal », a évidement un coté animal, charnel. Mais la morsure est une douleur provoquée par la bouche, la bouche qui a aimé, embrassé, caressé. La morsure est alors aussi passionnelle. Tina utilise sa bouche pour faire mal, cette bouche dont aucun autre mot que « Fuck you » ne parvient à sortir. Cette bouche qu'elle unit alors à celle de Bette, dans un baiser violent.
Bette lui rend son baiser et Tina finit par lui libérer les mains. Tina domine Bette à ce moment, elle a pris le contrôle. Elle se saisit de la main de Bette et la pousse entre ses cuisses, faisant venir Bette en elle. Leur étreinte est courte mais intense, emplie de sentiments divers, amour, amertume, rage, regrets, si intense, si passionnelle, si charnelle...
Au premier visionnage, cette scène m'avait remuée car sa violence m'avait frappée, j'y voyais bien une lutte pour la domination de l'autre, les efforts désespérés de Bette pour contrôler la peine de Tina et ne surtout pas la perdre, la lutte de Tina pour s'affranchir de l'emprise de Bette. Puis avec le recul c’est à la lueur d'un article sur la gestion du conflit chez les primates (sic), qu’une autre interprétation liée au genre m'est venue et m'a frappée par son évidence[5].
Il faut savoir que le bonobo et le chimpanzé sont « cousins » et ont 98% de gènes communs avec l'homme. Ces primates ont de nombreuses similitudes hormis sur la notion qui nous intéresse là, qu’est la gestion des conflits. Alors que les chimpanzés règlent leurs différends par la violence, les bonobos, eux, ont recours à une sexualité parfois débridée pour les résoudre. Il faut savoir que les chimpanzés forment une société dominée par les mâles, contrairement à ce qui se passe chez les bonobos, où ce sont les femelles qui dominent le groupe.[6]
Évidemment le raccourci « bonobo / lesbiennes » présenté ainsi peut paraître inepte ou dégradant, mais si l'on considère la scène en se disant que dans une société régie par les « femelles », les conflits se régleraient par le recours à la sexualité, la scène apparaît alors moins violente et prend une nouvelle dimension, liée à une autre forme de communication dans une société où, justement, ce terme s’est vidé de son aspect relationnel à mesure qu’on l’a empli de technologie…
Évidemment si Bette et Tina étaient des bonobos (ces primates chez qui on a observé toutes formes de sexualité et pratiques sexuelles entre partenaires de sexe opposé ou non), leur conflit serait enfin réglé, car chez les bonobos la sexualité sert à apaiser les tensions ou à se réconcilier. Shane expérimentera aussi ce mode de communication avec Lacey, la fille hystérique depuis que Shane l’a « quittée », après des jours de harcèlement. Les résultats se révéleront plus probants.[7]
Même si, pour Bette et Tina, cet acte ne fait pas office de « calumet de la paix », il marque néanmoins un changement absolu des relations et des statuts dans un couple dont Tina va s'affranchir dès cette séquence. Si l'on met cette scène en parallèle avec celle de leurs retrouvailles dans la Saison 2[8], la tendance est absolument inversée puisque dès lors, le rapport de force se renverse en faveur de Tina.
Si je me suis penchée avec autant d’insistance et de précision sur cette séquence, c’est qu’elle me paraissait intéressante à plusieurs égards, notamment sur les relations de genre mais aussi et surtout de domination liée au genre. Une confrontation mettant en scène un couple hétérosexuel dans cette situation n'aurait pu être traitée de la sorte tant les rôles sexués dans chaque situation sont attendus. Mise en scène ainsi, l’homme serait apparu dès lors comme « violeur » usant d’une supériorité physique, quand bien même il n’eut rien fait de plus que Bette. Il me paraissait intéressant là de voir que mettant en scène un couple de lesbiennes, les rôles sexués sont alors caducs et la « domination » aléatoire.
Ensuite il me semblait qu'en matière de vision de la sexualité lesbienne, cette scène brise tous les stéréotypes Hamiltoniens[9] de douceur, d'évanescence saphique…
En conclusion, le couple Bette/Tina peut être lu de manière très sécurisante, comme un couple répondant bien aux critères binaires de l'hétéropatriarcat, un masculin associé à un féminin renvoyant aux célèbres questions de : « qui fait l'homme? Et qui fait la femme? » qu'essuient de nombreux couples homosexuels, comme s’il apparaissait inconcevable qu’une seule et même personne puisse posséder des qualités, aptitudes et endosser des responsabilités qui relèvent des deux genres que la société reconnaît. Comme si un couple ne pouvait fonctionner que sur la seule référence hétéronormée.
Mais parallèlement ce même couple a un coté subversif, il représente un pied de nez à l'hétéropatriarcat me semble-t-il car il démontre très clairement que la distribution des « rôles sexués » est une convention sociale, et non une fatalité biologique, un état naturel. D’où une remise en cause de ce qui est « féminin » / « masculin » ou ce qui ne l’est pas, des catégories de genre.
véro!
Extrait de LESBIENNES DANS LA LUCARNE, Une visibilité dans les prismes du genre et du sexe - 2005 - MEMOIRE DE DESS CONSEILLER-E / MEDIATEUR-E EN GENRES ET SEXUALITES. A paraître...
[Tous droits réservés]
[3] Trad : « Je suis désolée »
[4] Trad : « Va te faire foutre ! »
[5] (De là, à dire que les lesbiennes n'en seraient donc pas encore arrivées à ce stade de maîtrise de la communication sociale qu’ont atteint les bonobos… sic)
[7] Episode 1.04 Liaisons / Longing
[8] Episode 2.09 Late, Later, Latent
[9] Cf : Comédies érotiques du photographe britannique, David Hamilton entre 76 et 83.
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27.08.2005
Le "parent social" dans l'homoparentalité
Les familles correspondant aux schémas classiques sont extrêmement rares. Les familles hors normes se sentent souvent minoritaires alors qu'elles sont en passe d'être les plus nombreuses. Ce sont les familles non recomposées qui deviennent une minorité. La norme absolue est relative, mais elle est aujourd'hui extrêmement rigide. Chacun doit donc tendre vers la perfection : il faut être un bon parent, un bon époux-se... Face à cette exigence de perfection, il est intéressant de connaître quelle place est accordée aux différents acteurs des nouvelles formes de famille, et plus précisément la place du parent social, c'est-à-dire le parent non juridiquement reconnu. La liberté de vivre en couple pour les homosexuels est dorénavant reconnue en Occident. Cet exposé s'attachera précisément à comprendre la situation dans laquelle évolue le parent social d'une famille homoparentale.
Dans ces conditions de recherche, je souhaite tout d'abord souligner en quoi les termes de conception et de filiation semblent fondamentaux dans la place accordée à la parentalité sociale. Il sera ensuite intéressant de connaître les différentes formes de familles actuelles et la situation du parent social dans chacune d'entre elles. Pour finir, il pourra paraître important de comprendre les difficultés relationnelles et juridiques rencontrées par ce parent.
LA CONCEPTION ET LA FILIATION : DEUX NOTIONS DETERMINANTES FACE A LA PLACE DE "PARENT SOCIAL"
Après avoir défini conceptuellement et historiquement les notions de filiation et de conception, il me semble nécessaire de relater ces deux termes dans les différentes situations existantes, pour prendre conscience de la réalité.
Des définitions caractérisantes de la notion de "parent social"
Il est important de distinguer deux actes différents et souvent confondus par abus de langage : la conception et la filiation.
La conception est un acte biologique. La filiation, c'est-à-dire être le fils ou la fille de, est un acte social qui inclut la dimension biologique, mais également sociale, juridique et affective.
Pendant longtemps tous ces éléments coïncidaient sur les mêmes personnes, c'est-à-dire le père et la mère de l'enfant. La sexualité, la conception et l'engendrement se combinaient dans le cadre du mariage pour donner naissance à la filiation. Jusqu'en 1972 : le père d'un enfant était d'office le mari de la mère quelle que soit la réalité de la filiation.
Longtemps combinées, les notions de filiation est de conception sont de plus en plus distinguables. Cependant l'évolution de la société, caractérisée par la libération sexuelle par exemple, mais également le développement de nouvelles formes de familles, ont fait apparaître des bouleversements par rapport à ces concepts. Il semble intéressant de voir à présent comment l'adaptation juridique des termes de filiation et conception est indissociable de l'évolution actuelle.
Des bouleversements historiques au cœur de la conception de parentalité
Dans les années 1970 se développe d'autres formes de montage de la famille que la famille nucléaire, c'est-à-dire le père et la mère mariés avec un ou plusieurs enfants. Les nouvelles formes de familles entraînent une distinction entre parenté biologique et parenté sociale. Dans ces conditions, les lois tentent de répondre à la diversité et de donner voix à l'affectif. Les parents deviennent les parents élevant l'enfant.
Les nouvelles configurations familiales sont principalement : la famille concubine, la famille adoptive, la famille recomposée, la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et la famille d'accueil.
La libération sexuelle des années 1970 a permis :
. Une baisse du contrôle institutionnel sur les relations sexuelles en renforçant la liberté d'orientation sexuelle ;
· De rendre plus visible les homosexuel-le-s et leur reconnaissance. Le couple homosexuel comme minorité revendique, dès lors, un traitement non discriminant vis à vis du couple hétérosexuel.
La famille concubine, qui part du mariage, contrairement à la famille adoptive qui part de la filiation, se trouve donc proche du modèle de base. Dans ce modèle, sexualité, procréation, engendrement et filiation coïncident. La loi compense depuis 1972 le déficit parental dû à l'absence de mariage ; par exemple, une loi de 1993 a défini le partage de l'autorité parentale. Le droit français s'est donc depuis quelques années adapté à un nouveau modèle familial, le concubinage, mais qu'en est-il des autres formes de familles ?
Différentes formes de famille pour différentes relations entre conception et filiation
· L'adoption permet une filiation sans conception, sans engendrement et donc sans lien biologique. Selon l'article 346 du Code Civil : « Nul ne peut-être adopté par plusieurs personnes si ce n'est deux époux ». Par ce type d'article, on peut remarquer un encadrement de la sexualité.
· Dans le cadre de la famille recomposée, le conjoint peut jouer un rôle parental d'éducation important mais pas de statut car la filiation est réduite à l'alliance qui l'a engendré. Dans ces conditions le binôme mariage / filiation est rompu.
· La Procréation Médicalement Assistée permet une cohabitation entre sexualité, filiation et engendrement. Dans le cadre d'une famille hétéroparentale, le père de l'enfant est l'époux ou le concubin déclaré de la mère.
· Tant que les parents d'un enfant existent, il n'est pas adoptable, on parle dans ce cas de famille d'accueil. Dans cette forme de famille, la parenté sociale n'est pas reconnue car nos coutumes et nos lois n'incitent pas à la multiparentalité sauf exception rare.
Tous ces modèles donnent l'illusion de la filiation biologique. La sexualité non procréative des familles homoparentales pose le problème de la reconnaissance juridique et sociale de ces familles dans notre société. La relation filiation / conception pose le problème du conjoint de la personne ayant le lien biologique ou pseudo biologique au sein d'une famille homoparentale : le parent social.
Les familles homosexuelles revendiquent une sexualité non procréative, ce que la société ne peut admettre : les couples homosexuels déclarent d'office, sans avoir à le dire mais par leurs manières de vivre, que leurs relations sexuelles ne sont pas et ne pourront pas être, à la différence de toutes les autres configurations, des relations d'engendrement. La différence des sexes est récusée non en tant que caractéristique de la reproduction humaine mais en tant que racine de la construction familiale.
Concrètement, il semble intéressant à présent de comprendre la place accordée au parent social en fonction des différentes formes de familles existantes.
DIFFERENTS CONTEXTES POUR LE STATUT DU PARENT SOCIAL
Cette seconde partie permettra de comprendre la situation du parent social dans le cadre des différentes familles existantes actuellement.
Le cas d'une personne homosexuelle divorcée
Dans ce cas, il n'y a aucune reconnaissance du parent social comme dans le cas de toutes familles recomposées. Le parent social, dans ce cas, peut élever l'enfant de l'autre. Le parent social commence à revendiquer des droits, alors qu'il n'en a aucun actuellement.
Le parent social est une personne qui au quotidien éduque, nourrit, aime l'enfant de l'autre, réclame des droits et des protections pour ce lien spécifique à l'enfant, différent de celui du parent.
Le recours à la Procréation Médicalement Assistée
En droit français, il ne peut pas y avoir deux pères ou deux mères. Face à la PMA, il n'y a juridiquement qu'un lien de filiation. Dans ces conditions, il existe trois cas de figures :
1) Deux femmes décident d'avoir un enfant avec un donneur anonyme : il n'existera juridiquement qu'un lien de filiation avec la mère biologique de l'enfant ;
2) Deux femmes décident d'avoir un enfant avec un donneur connu : il y aura dans ce cas un lien de filiation avec la mère biologique de l'enfant, et avec le père biologique si celui-ci reconnaît l'enfant ;
3) Deux hommes décident d'avoir un enfant grâce à une mère porteuse : il existera alors un lien biologique avec le père biologique de l'enfant et avec la mère porteuse.
En France, l'autorité parentale, la résidence, et l'administration des biens découlent de la filiation. « L'autre » membre du couple est juridiquement un étranger pour l'enfant.
L'adoption
Officiellement et juridiquement, un couple d'homosexuels ne peut pas adopter d'enfant. Un seul parent dans ce type de famille peut être le parent légal. L'ami ou le conjoint du parent officiel n'a aucun droit. Les recours possibles face à cette situation sont expliqués au sein du chapitre III. L'adoption est autorisée pour les célibataires (qui peuvent être homosexuels, mais non déclarés) dans plusieurs pays, mais pas pour les couples homosexuels.
Juridiquement, il est quasiment impossible que quatre personnes aient le statut juridique de parents.
La seule hypothèse possible pour une reconnaissance de chacun est très complexe. Une personne gay et une personne lesbienne ont un enfant, ils partagent ainsi l'autorité parentale. L'ami de la personne gay et l'amie de la personne lesbienne se marient et font une adoption simple. Dans ces conditions, le couple biologique donne son nom à l'enfant et s'inscrit dans la réalité des droits de succession. Le couple adoptif, quant à lui, obtient l'autorité parentale, alors que le couple biologique la perd. Dans ce cas de figure, il y a une obligation de mariage.
Juridiquement dans tous ces cas, la reconnaissance officielle du parent social n'existe pas. Notre tradition de ne pas distinguer procréation et filiation, et notre conception de la famille légitime comme étant représentée par un couple marié, et un ou plusieurs enfants en commun complique la notion même de l'homoparentalité.
LA POSITION DE PARENT SOCIAL : UN PARCOURS SEME D'EMBUCHES
Dans cette dernière partie, il sera utile de comprendre les difficultés relationnelles et juridiques liées à ce statut « bâtard » de parent social.
Quel nom pour quelle place ?
C'est peut-être par le biais du statut de beau-père que nous pourrons donner une place au conjoint dans le cadre d'une famille hétéroparentale ou homoparentale. Cependant si la société autorise la beau-parentalité, il se posera le problème des recompositions multiples. Face à cette situation, la proposition de deux parents semble intéressante, il y aurait ainsi le-s parent-s et le-s second-s parent-s.
Deux termes existent selon les situations rencontrées, il y a une différence entre le beau-parent et le co-parent. Le beau-parent, vient après la conception, il n'a aucun droit. Le co-parent, quant à lui, intervient lorsqu'un enfant a deux parents de même sexe dès la naissance, ou dans le cas de la conception d'un enfant entre deux couples homosexuels. Quelque soit le terme utilisé, le beau-parent et le co-parent sont tous deux face à un besoin de reconnaissance et de protection juridique.
Concrètement le parent social ne partage pas l'autorité, n'a aucun rôle défini et n'a aucun degré d'implication dans l'entretien des enfants résidant au foyer, par exemple.
L'absence de règles instituées et légitimes fait que les familles, où il y a un parent social, sont livrées à elles-mêmes, elles doivent « bricoler ». On peut donc remarquer certains problèmes de vocabulaire. Parfois le parent social est un beau-parent ou un parent conjoint dans le cadre d'une famille recomposée, ces noms dépendent de l'âge de l'enfant durant l'arrivée du parent social. On peut également évoquer les termes de parâtre, de marâtre, mais ces derniers sont depuis un certain temps tombés en désuétude. Les enfants utilisent également dans certains cas marraine et parrain ou encore des surnoms proches des désignations parentales, tels que mamoune, mamounette ou papou, papounet. L'usage du prénom est également assez fréquent.
Une préparation incontournable : en cas de décès
Dans le cadre d'une famille homoparentale, il n'existe qu'un seul parent juridique, et il est nécessaire de bien se préparer pour créer un lien entre l'autre membre du couple et l'enfant.
· Concernant la garde de l'enfant :
Quand la filiation de l'enfant naturel ne concerne qu'un de ses deux parents ou dans le cadre d'une adoption, une seule personne exerce l'autorité parentale. Si l'autorité parentale est partagée, il n'y a aucun problème concernant, la garde d'un enfant en cas de décès d'un des parents.
Dans le cas d'une autorité parentale non partagée, l'enfant devient orphelin. Le phénomène de tutelle nécessite la désignation d'un tuteur. Cette personne a des droits limités, il exerce ces derniers sous le contrôle d'un « Conseil de famille ». Ce Conseil est composé de quatre à six membres : famille de la personne décédée, amis, alliés, voisins... On peut légalement désigner le futur tuteur quand on le veut, par le biais d'un testament ou d'une déclaration spéciale devant notaire.
· Transmission des biens :
Il faut dans ce cas considérer que tout est éphémère. Il est important de faciliter la transmission au sein du couple, mais aussi la transmission ultérieure à l'enfant.
Le PACS (Pacte Civil de Solidarité) a été une avancée sociale cependant nous sommes encore loin d'une reconnaissance de la famille homoparentale, et plus spécifiquement de la place du parent social. De façon pratique, il est intéressant de remarquer la place des grands-parents sociaux pour mettre en évidence la place, et par là même l'intégration, du parent social.
Malgré les nombreuses modifications concernant les situations familiales, depuis particulièrement les années 1970, le droit français ne semble pas parvenir à s'adapter. Historiquement, l'organisation juridique française est basée sur la norme Père-Mère-enfant, ce qui ne facilite pas la reconnaissance du parent social au sein des nouvelles formes de famille hétérosexuelle mais également homosexuelle.
Stéphanie B.
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24.08.2005
Comprendre l'homosexualité de Marina Castañeda
INTRODUCTION
« Comprendre l'homosexualité » est un ouvrage largement cité comme une référence dans moult sites web gays et lesbiens et moult associations du même acabit où son coté didactique, simple sans être simpliste le présente comme le livre idéal à offrir à ses parents lors de son coming-out… Le livre est tellement cité en référence dans le lectorat homosexuel qu’il s’est retrouvé en tête de gondole à la FNAC, c’est pourquoi j’ai décidé de l’acheter, puis de le lire et aujourd’hui de l’étudier plus précisément, pour comprendre cet engouement…
« Comprendre l'homosexualité » est le seul livre rédigé par Marina Castañeda, psychothérapeute et hypnothérapeute d’origine mexicaine, née à Mexico en 1956. Il parait en 1999 en France et simultanément au Mexique sous le titre de « La experiencia homosexual »
Touche à tout, pluridisciplinaire par conviction, Marina Castañeda a étudié les lettres, l'histoire, la psychologie, l'hypnose et la musique, à Harvard, Stanford et à l'Ecole Normale Supérieure de Paris. Elle est codirectrice de l'Institut Milton H. Erickson de Cuernavaca au Mexique et se consacre actuellement à la psychothérapie, à l'enseignement et à l'écriture.
L’HOMOSEXUALITE POUR LES NULS
Après « Windows pour les Nuls », « La cuisine pour les Nuls », « Comprendre l'homosexualité » est un peu présenté comme le livre de vulgarisation manquant dans la célèbre collection et qui pourrait se nommer « L’Homosexualité pour les Nuls »…. En effet, comme tout bon livre de vulgarisation, il est présenté clairement, de manière très structurée, ce qui laisse supposer une intention d'honnêteté très engageante de l’auteure.
D’ailleurs, Marina Castañeda n'innove pas, ne fait pas de révélation fracassante sur des aspects de l’homosexualité jusqu’alors insondés… Non, rien de tout ça, mais elle a le bon goût (pour une psychothérapeute !) de rester simple et accessible à tous. Néophytes en la matière ou non, que l’on soit soi même homosexuel ou proche ou thérapeute, l’auteure prétend (sous l’aspect présomptueux du titre : « Des clés, des conseils pour les homosexuels, leurs familles, leurs thérapeutes » ) expliquer l’homosexualité. Et passées les premières pages dignes d’une Ménie Grégoire au chignon décoiffé par l’étendue des dégâts de « ce douloureux problème »[2], l’auteure explique d’ailleurs de manière plutôt rassurante… J’insiste sur le « plutôt » car il y a des bémols qui parsèment l’ouvrage. C’est certainement ce qui justifie qu’une association comme « Contact » cite cet ouvrage dans sa brochure « Notre enfant est homosexuel » destiné aux parents d’homosexuels et qu’il fasse partie de la mallette pédagogique produite par l’association « Couleurs Gaies » [3]…
MISE AU POINT
Malheureusement, à trop vouloir simplifier, l’auteure écrit parfois des choses tout à fait discutables et ne semble pas toujours très éclairée sur ce qu'elle avance. Ce qui laisse parfois à la lecture, par une lesbienne « out of the closet », une impression de malaise qui laisse imaginer l’impression qu’elle peut laisser à un néophyte déjà inquiet (parent, proche…) ou carrément récalcitrant…
Dans cette fiche de lecture je vais tenter donc de faire une mise au point sur les « bons » et les « mauvais » côtés de l'ouvrage.
D’abord décortiquons l’ouvrage si bien structuré et voyons ce qu’il a dans les tripes de digeste et d’indigeste ; « Comprendre l'homosexualité » se partage en huit grandes parties :
| 1 | Une identité changeante |
| 2 | Devenir homosexuel : aspects biologiques et sociaux |
| 3 | Devenir homosexuel : aspects familiaux et individuels |
| 4 | Les vicissitudes du placard |
| 5 | L'homophobie intériorisée |
| 6 | Le couple homosexuel en général |
| 7 | Le couple homosexuel féminin |
| 8 | Le couple homosexuel masculin |
| 9 | Le mirage de la bisexualité |
Je ne vais pas toutes les reprendre pour les résumer mais juste piocher dans certaines des points qu’il me semble intéressant de soulever…
Une identité changeante
Marina Castañeda introduit là un précepte plutôt intéressant et auquel on ne pense pas toujours à priori, à l’instar du fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone De Beauvoir et depuis largement remis à toutes les sauces, l’auteure avance qu’on ne naît pas homosexuel, on le devient. Elle explique de manière très intelligente, à l’instar de Mickael Pollak (bon sang mais c’est bien sûr !) qu’ « on n’est pas toujours homosexuel. L’hétérosexuel, oui. ». Dans ce chapitre où elle explique simplement les interactions possibles en genre, sexe biologique et orientation sexuelle, elle avance que « l’homosexuel ne se déplace pas dans le monde avec une identité constante ». Elle explique qu’être homosexuel sous-tend souvent une extraordinaire capacité d’adaptation aux personnes et aux circonstances. Puisque notre société est régie par des codes, l’homosexuel qui a d’abord intégré les codes de l’hétérosexualité doit apprendre de nouveaux codes : ceux de l’homosexualité. Alors, il parvient aisément à changer ses attitudes, ses gestes, sa façon d’être en fonction des circonstances, passant tour à tour pour hétéro sur son lieu de travail, asexué chez ses parents et homo dans « le milieu homo » ou bien en présence de quelques amis choisis…
On est tous à priori éduqués pour être hétéros dés la plus tendre enfance par les contes : le prince sauve la princesse et ils ont de nombreux enfants, les jouets : les rayons filles des supermarchés à Noël sont roses et c’est là qu’on trouve poupées, babioles de maquillage, et nécessaire de la parfaite ménagère (maintenant directement produit par les grandes marques telles Seb ou Moulinex… il n’est jamais trop tôt pour fidéliser sa clientèle !), etc… On apprend donc le rôle, la place que l’on est censé tenir dans cette société hétéronormée en fonction de son genre… Et quand la révélation de l’homosexualité nous « tombe dessus », et bien il nous faut apprendre plus tardivement (adolescence au mieux…) les codes sociaux, les « règles de l’amour, de l’amitié et de la convivialité » pour lesquels on n’a pas été formés… Il nous faut apprendre à être homosexuel… C’est d’ailleurs par ce biais que Marina Castañeda en vient donc à expliquer cette réputation que les homosexuels traînent d’être peu murs dans leurs relations sociales… Elle reprend en disant qu’ « il ne s’agit pas d’un manque de maturité, mais d’apprentissage ».
De même l’auteure en vient donc à décrier cette tendance qui a force de confondre être « normal » et être « semblable », en fait un amalgame dangereux notamment dans la gestion par un thérapeute des problèmes de couple chez des gays ou lesbiennes. En effet, l’auteure rappelle que dire de l’homosexualité qu’elle est normale ne veut pas dire qu’elle est similaire à l’hétérosexualité… Elle prend l’engagement donc dans ce livre de « détecter, d’expliciter et d’expliquer ses particularités : la différence, et non la similitude. »…
Devenir homosexuel : aspects biologiques et sociaux / familiaux et individuels
Tout le résumé historique sur l'évolution du concept de l'identité homosexuelle (recherche génétique, théorie sociale) est forcément peu nuancé, mais indique clairement que toute définition est à replacer dans une perspective historique, y compris les définitions contemporaines.
Marina Castañeda souligne que la définition de l'identité homosexuelle est toujours vaporeuse aujourd'hui et que l'origine de l'homosexualité reste à ce jour inconnue…
Elle nous présente brièvement plusieurs conceptions de l'homosexualité (essentialiste, psychanalytique, génétique), ce qui est toujours bon à connaître. C’est un raccourci qui peut sûrement suffire à toute personne désirant avoir une connaissance du sujet sans vouloir forcément avoir une vision plus pointue de chaque notion…
L'auteure insiste sur le fait qu'il est nécessaire d'inventer sa propre homosexualité, elle expose les avantages et inconvénients d'une telle démarche (vivre dans la clandestinité ou non, choisir la monogamie ou non, etc…), bref, considère les homosexuel/les comme des adultes fort capables de se construire et de se définir eux-mêmes, selon leurs règles du jeu et avec les limites qu’impose la société...
Les vicissitudes du placard
Ce chapitre a l’intérêt de permettre à l’homosexuel pas encore « out of the closet » de réfléchir aux intérêts de « se dire homosexuel » pour éviter que ce soit les autres qui identifient, nomment ou décrivent en nom et place de la personne concernée… Marina Castañeda expose plusieurs avantages et inconvénients de la visibilité tels que l’étiquetage dont devient souvent victime la personne sortie du placard, elle devient souvent : la « cousine lesbienne » ou le « copain pédé », comme si l’homosexualité était devenue son qualificatif essentiel… Mais en contrepartie, l’auteure dépeint un tableau si noir du « coût de la clandestinité » que pour le coup mis à part si l’on est Saoudien, il y a peu d’hésitation possible…
Et alors il est temps de se poser les questions nécessaires et utiles sur le fameux « coming-out » familial… c’est là seulement que le chapitre devient intéressant car l’auteure donne des pistes de réflexions et des indicateurs sur le pourquoi du comment familial : réactions tabou, culpabilité, rien n’est mis à l’écart pour se préparer à ce grand moment…
Sans trop de transition, on passe de l’univers familial à l’univers thérapeutique, comme s’il était inévitable de passer entre les mains d’un thérapeute après la confrontation familiale… peu engageant pour le coup le « coming-out » !
Donc sortis de chez papa, maman, nous voila auprès des « professionnels de la santé mentale » (ça ne s’invente pas une pareille transition !) et ces professionnels de la profession (pour copier Godard), les thérapeutes, ils en prennent pour leur grade ! Marina Castañeda les traite sans indulgence dénonçant les préjugés homophobes de certains... Elle va même jusqu’à conseiller aux homos de donner leur préférence à un thérapeute gay auquel « il n’est pas nécessaire de donner […] des leçons sur le milieu gay, ni sur les pratiques sexuelles gay, ni sur les préjugés que les homosexuels rencontrent quotidiennement. Il y a donc un élément d’efficacité ». C’est purement économique en fait car si sur une heure à 80 € vous passez déjà 45 mn à faire un cours, ce n’est guère rentable… Et puis ça évite aussi que toute votre problématique quelle qu’elle soit ne soit plus axée que sur votre homosexualité… Un hétérosexuel qui a des problèmes de boisson ne verra pas son problème rattaché à son orientation sexuelle… ce qui est loin d’être le cas pour un homo…Le mirage de la bisexualité
Un tel titre en fera frémir plus d’un et à juste titre… Le lecteur qui se fie juste au titre interprète inévitablement que pour Marina Castañeda la bisexualité n’existerait pas ou serait illusoire… Eh bien, non… comme quoi consensuelle, brouillonne ou brouilleuse de pistes, l’auteure peut dissocier complètement idées titres, mots clé sans problèmes… Car malgré un titre douteusement orienté l'ouvrage n'en nie heureusement pas l'existence et aborde le problème du rejet des personnes bisexuelles par les hétérosexuelles et aussi mais peut-être surtout homosexuelles et distingue bisexualité successive et simultanée… L’ouvrage remplit là donc plutôt bien sa part didactique…
Mais évidemment on ne peut que reprocher à l’auteure ses dérives verbeuses qui se multiplient dans un ouvrage oscillant parfois entre la caricature et le « p’t’être ben qu’oui, pt’être ben que non » !
THEORIES NORMANDES DE COMPTOIRS
Marina Castañeda explique que ces schémas inculqués, purs fruits de notre éducation à tous niveaux (société, scolarité, famille, etc..) entraînent bien souvent une « homophobie intériorisée » qui resurgit sans cesse tout au long de la vie. Certes, on peut en effet supposer que notre cerveau ne peut sortir indemne et vierge tel un disque dur après un bon formatage d’années où l’homophobie ambiante aurait pu nous entourer… Mais bon, de là à dire que c’est inévitable et que tout homosexuel s’en ressent toute sa vie, c’est peut être un petit peu fort… Eh bien, non justement, moult lignes plus loin, l’auteure en une phrase brève, dit que malgré tout ce qu’elle vient de démontrer et exposer l'homophobie intériorisée n'est pas inévitable… Ouf !
Et là au rayon « produits normands » elle nous en remet des couches la Maria… ! Au moins c’est le meilleur moyen pour contenter tout le monde, comme un bon horoscope ou une bonne météo, il y en a parfois pour tous les goûts et toutes les attentes dans ce livre !
Après l’homophobie intériorisée est inévitable et parfois pas, on a droit à quelques poncifs relativisés et zéro complexe question paradoxes pour Marina Castañeda !
Donc pour commencer, un poncif sur les relations entre femmes plus enclines à user de leur langue (sic), les femmes en couple vont chercher à tout prix le dialogue… soit ! Mais histoire de temporiser pour les handicapées de la communication atterrées devant l’ouvrage et en proie à de grosses remises en question de genre et de couple, l’auteure dit que les femmes ne sont pas habituées à repérer leurs désirs et donc ne peuvent les exprimer… Eh eh… Cherchez l’erreur…
Pour ce qui est des hommes, on peut apprendre dans ce livre que dans le milieu gay on n'a pas le droit d'être vieux sous peine de célibat… soit ! Mais histoire certainement de rattraper avant l’allumage du gaz un gay soixantenaire égaré dans les limbes de l’ouvrage de Marina Castañeda, on peut lire que souvent les couples gays sont formés d'un homme mûr et d'un autre beaucoup plus jeune… reste à voir la subjectivité du terme « mûr »…
En fait l’auteure prône, ce qui en soit est plutôt intéressant, l'auto-définition par l'individu mais de son côté, elle fait une analyse globalisante qui multiplie donc poncifs et contre-poncifs. Ce qui est aussi dérangeant c’est sa propension à faire de considérations personnelles (pas toujours exemptes de stéréotypes…) des théories générales. Hélas, trois fois hélas, cet ouvrage à vocation didactique véhicule de nombreux clichés, ce qui est d'autant plus regrettable que l'auteure les reproche à ses collègues chercheurs et thérapeutes… Comme on dit on voit toujours mieux la paille dans l’œil du voisin…
Par exemple, elle prétend que tout individu homosexuel doit faire le deuil de son hétérosexualité, que ce deuil se fait rarement, donc que l'individu ne peut être complètement heureux d'être homosexuel… Sur quoi se base-t-elle ? Comment peut elle avancer un tel précepte, lourd de conséquences, si l’on y réfléchit bien, sur toute personne inquiète de son homosexualité ou de celle d’un proche ?!
Autre exemple, on a le cliché récurrent de l'homme qui serait « sexuel » et la femme « affective », bien évidemment, aucune étude ne vient corroborer les propos de l'auteure. Par ailleurs, elle affirme sans sourciller semble-t-il, que les homosexuels masculins qui se réunissent dans les bars, n'ont pas d'autres points communs que leur orientation sexuelle, ce qui donne lieu à des « relations superficielles et généralement éphémères ». Quant aux lesbiennes, je suis stupéfaite de découvrir que forcément nous nous rencontrons chez des amies ! Quid des bars ou boites de filles ?
Bars que d’ailleurs Marina Castañeda devrait d’avantage fréquenter tant certains passages de son livre ont un aspect « psychologie de comptoir » qui fait tâche dans un ouvrage dont on pouvait attendre plus… Prenons notamment l’exemple du rapprochement maladroit des notions d'homosexualité et d'inceste…
Moult affirmations apparaissent sans fondement (tout du moins sans qu’il ne soit notifié…), qui nuisent à la crédibilité scientifique de l'ouvrage et font paraître le titre de plus en plus pompeux à mesure que l’on plonge dans le livre.
CLES & FICHES-CONSEILS
Bonne idée à priori que d’adjoindre à l’ouvrage des fiches-conseils mais l’ensemble est malheureusement assez inégal même si les questions posées sont souvent judicieuses. Reste à utiliser les fiches en gardant les questions évoquées par Marina Castañeda et en utilisant ses réponses pour lancer un débat d’idées…
Quant aux conseils, un peu édictés à la mode recette, l’aplomb de l’auteure pour les dispenser prête encore à sourire… et confère à l’ouvrage à nouveau son statut de « L’Homosexualité pour les Nuls » si l’on en mettait à part quelques phrases qui hérissent les poils des bras ou bien le coin du sourcil droit de la lesbienne que je suis…
Quelques morceaux choisis :
§ « L'orientation sexuelle n'est pas cause de pathologie, mais la façon de vivre et d'assumer cette sexualité » è Là, j’ai du louper un épisode entre le début et la fin de la phrase car je n’en comprends pas la logique…
§ « Quand les lesbiennes cessent de s'habiller et de se conduire comme des hommes, elles rejettent implicitement le cliché de la lesbienne comme ratée. » è Ouh la… elle touche un point sensible la Maria… ! D’abord faudrait-il qu’elle explique bien la notion de genre pour qu’on comprenne la subjectivité de « se conduire comme un homme » et peut être en profiter pour faire un point sur les préjugés et clichés sexistes…
§ « Les homosexuels, par contre, peuvent se permettre des relations successives sans faire de mal à personne » è Ah oui ? J’aurais du lire le livre avant que mon ex ne me quitte pour une autre, ça m’aurait très certainement évité un gaspillage excessif et inutile de kleenexs !
§ « L'infidélité et l'inconstance ne sont pas habituelles chez les femmes. Il faut plutôt y voir un effort désespéré pour échapper à la fusion » è Et là, à nouveau je repense à mon ex, comme j’ai été aveugle dans mon jugement… Elle n’était pas infidèle mais héroïque dans son désespoir et n’a été frivole que par souci de nous échapper d’une fusion castratrice, je l’imagine…
§ « Les limites entre sexe, amour et amitié ne sont pas du tout claires dans le mode homosexuel » è Là encore on est dans le cliché qui voile la réalité… Visiblement les homosexuels auraient ce monopole de confusion, les limites seraient limpides dans le monde hétérosexuel c’est pourquoi il n’arrive jamais qu’un mari trompe sa femme avec la meilleure amie de celle-ci, pas plus que dans un groupe d’ados il n’arrive que tout le monde sorte avec tout le monde, sans parler d’Harry & Sally, Fox & Mulder, etc…
§ Et là par contre, je ne plaisanterai pas avec la dernière phrase qui me parait plus que scabreuse et signe là de cette homophobie intériorisée dont Marina Castañeda a tant parlé dans le livre : « Pour beaucoup d'homosexuels , la libération gay a signifié avant tout le droit au plaisir sous toutes ses formes, y compris dans quelques cas, la pédophilie »
Cette dernière phrase à elle seule peut suffire à ranger le livre ou à le jeter à la poubelle, mais il faut quand même dire que si ce livre propose des « thèses » ou théories fumeuses qu’on ne peut lire qu’avec irritation, voire exaspération, s'il allègue comme acquis et entendu des a priori ou bien des réflexions personnelles de l’auteure, sans autre fondement, la volonté d'ouverture et l'invitation à la réflexion et à l'auto-définition semblent suffisamment constructives pour le conseiller en lecture tout de même… avec un esprit critique, certes…
De plus il aborde de manière souvent intéressante des thèmes habituellement éludés, dans d’autres ouvrages « grand public » tels que les notions de fidélité / infidélité, la « monogamie consécutive », etc…
Pour conclure disons qu’avec un titre moins pompeux, des passages revus et corrigés, des sources plus concrètes, un autre ouvrage en contrepoint, « Comprendre l'homosexualité » aurait tout à fait sa place en guide conseil préconisé par la presse gaie. Mais en l’état actuel il me semble à manier avec précaution même s’il invite à un concept que décidemment je ne me lasse pas de citer : l’auto-définition !
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